Leur domicile, le Scottrade Center, est peut-être bruyant, mais il est lui aussi loin de figurer parmi les meilleurs de la LNH. C'est Brett Hull qui doit déplorer toute cette situation.

Hull a marqué 527 buts dans l'uniforme des Blues de St. Louis. Uniforme qu'il a endossé entre les saisons 1987-1988 et 1997-1998.

En dépit de tous ces buts, le Golden Brett n'a toutefois jamais été en mesure de conduire les Blues au sommet de la LNH en leur ouvrant la voie à la première conquête de la coupe Stanley de leur histoire.

Ce n'est pas faute d'avoir essayé.

Car en plus de surmultiplier les buts et les points, Hull a réussi à attirer Wayne Gretzky avec son équipe pour compléter la saison 1995-1996.

Cela n'a pas suffi.

Oh ! Les Blues ont fait chanter leurs partisans avec quelques belles croisades lors des séries éliminatoires. Mais depuis le retour du lock-out, les Blues chantent faux, ayant raté les séries à quatre reprises au cours des cinq dernières saisons.

S'il n'a pas légué une coupe Stanley aux amateurs de hockey de St. Louis, Brett Hull leur a construit un nouvel amphithéâtre.

Pas mal quand même..

N'allez pas croire une seconde que Brett Hull a signé le chèque de 135 millions de dollars pour éponger les coûts de construction du Scottrade Center. Non !

Mais c'est à cause de Hull, des buts qu'il enfilait et surtout de l'avenir plus prometteur qu'il laissait poindre dans le coeur des amateurs de hockey du Missouri, dans la tête des hommes d'affaires à la tête des Blues et dans la volonté politique des élus municipaux que le Scottrade Center est sorti de terre en 1993 au centre-ville de St. Louis.

Même si Hull a quitté les Blues en 1998, que c'est avec les Stars de Dallas qu'il a remporté la coupe Stanley le printemps suivant et que c'est avec les Stars qu'il a amorcé sa carrière de directeur général, son nom est toujours associé au domicile des Blues.

On peut d'ailleurs lire : « L'amphithéâtre que Brett Hull a construit » sur les plaques commémoratives dévoilées lors de l'ouverture de l'amphithéâtre, le 8 octobre 1994.

On a même dédoublé l'adresse civique du Scottrade Center.

Car selon qu'elles soient acheminées au 1401 Clark Avenue ou au 16 Brett Hull way, les lettres destinées aux joueurs des Blues se rendront à destination.

De Brett Hull à David Perron

Brett Hull a quitté St. Louis depuis un bon moment déjà.

On ne l'a pas encore remplacé. Bon ! Brad Boyes a soulevé les partisans des Blues avec ses buts, et voilà qu'un Québécois partage le mandat de ramener cette équipe vers la victoire.

Ce Québécois est David Perron.

Perron a reconnu avoir été saisi d'un petit vertige la première fois qu'il s'est présenté devant les gradins remplis du Scottrade Center.

« Je sortais de Lewiston dans la LHJMQ et je me retrouvais dans la LNH. Méchant contraste ! Je passais de foules de 3000 personnes à plus de 19 000. Ça impressionne », a indiqué le jeune attaquant qui voue une admiration pour les amateurs de hockey de St. Louis.

« On ne les a pas gâtés beaucoup depuis quelques saisons mais c'est plein tous les soirs et ils nous appuient. St. Louis est une grande ville de sports avec le baseball, le football de la NFL et d'importantes équipes universitaires. Mais il y a un gros noyau de gens fous du hockey. Il y a de l'ambiance chez nous. C'est bruyant. Et je peux juste imaginer ce que ce sera lorsqu'on aura un club gagnant. »

Pour être bruyant, le Scottrade Center l'est. On y a installé la grosse trompette de bateau qui salue depuis toujours, pendant neuf longues secondes, les buts marqués par les Blues.

Une sirène qu'on entendait avant retentir sur le Mississippi voisin lorsqu'il était envahi par le brouillard.

Grands spectacles

D'abord connu sous les noms de Kiel et de Savvis Center, le Scottrade est riche en traditions sportives.

Ses plus grosses foules (22 612) ont été enregistrées lors de matchs de basketball dans le cadre du tournoi Arch Madness. Un tournoi parallèle au grand tournoi du March Madness qui se tient à l'ombre de la grande arche surplombant le centre-ville de St. Louis. Le domicile des Blues est aussi l'une des plus grandes salles de spectacles des États-Unis avec une moyenne de 175 événements annuels.

Certains de ces événements ont marqué l'histoire.

Frank Sinatra, le 21 octobre 1994, y a chanté son dernier récital. Un récital qu'il avait terminé en scandant « je vous reverrai bientôt. C'est promis ! » Il a donné son dernier concert quelques mois plus tard et est mort avant de pouvoir y revenir...

Le groupe rock Alice in Chains y a aussi présenté son dernier concert avec Layne Staley comme chanteur le 3 juillet 1996...

Demers et Bergeron se souviennent

Lorsque la ville de St. Louis a accepté d'ériger un nouvel amphithéâtre pour son équipe de la LNH, elle ne s'est pas payé une extravagance.

Loin de là.

Jacques Demers, qui y a effectué sa première escale dans la LNH, garde des souvenirs odorants de son premier lieu de travail, le St. Louis Arena.

« Le building était commandité par la compagnie Purina et je dois dire que ça ne sentait pas vraiment bon. C'était vieux, pas propre, propre, les portes étaient petites. Mais le prof Caron m'avait donné la chance d'atteindre la Ligue nationale, alors je n'allais certainement pas me plaindre de mon lieu de travail. Surtout que son travail a permis de sauver la franchise là-bas et m'a permis de signer un riche contrat ensuite avec les Red Wings de Detroit », raconte Demers.

Avec sa légendaire manie de couvrir de compliments le moindre début de soupçon de critique qui sort de sa bouche, Demers s'assure aussitôt de scander à quel point les gens de cette porte d'entrée sur le Mid-West américain sont loyaux à l'endroit de leur équipe.

Parce qu'il n'est pas obligé de protéger ses arrières, Michel Bergeron est beaucoup plus cinglant quand il parle de l'ancêtre du Scottrade Center. « C'était épouvantable », lance le Tigre qui a déjà dû composer avec la visite d'un rat avant un match opposant ses Nordiques aux Blues. C'était en 1982. « On avait un rituel, mes adjoints et moi. Avant les matchs, on se réunissait dans le bureau pour passer à travers un gros contenant de pop-corn. Ce soir-là, on ne l'a pas fini. Sorti de nulle part, un gros rat est apparu dans le bureau et il a sauté direct dans le baril. Il faut dire qu'il y avait des poubelles partout autour de l'entrée du bureau. Jacques peut bien être poli s'il veut, et c'est correct, mais c'était une dump cette place-là », lance en riant Michel Bergeron sous le regard presque approbateur de Jacques Demers.